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Culture d'entreprise

La vérité sur la semaine de quatre jours : cet avantage au goût du jour est-il vraiment fait pour votre entreprise?

Anakaren Collantes
décembre 16 ∙ 7 min pour lire
La vérité sur la semaine de quatre jours : cet avantage au goût du jour est-il vraiment fait pour votre entreprise?

C’est en 2018 que nous avons commencé à parler de la « semaine de quatre jours », avantage aujourd’hui très en vogue. Nos lectures nous ont fait découvrir bien des applications de ce concept sur le marché, mais nous avions déjà un faible pour la version où l’équipe est rémunérée pour cinq jours plutôt que pour les quatre travaillés.

Arrivé novembre, nous étions prêts à annoncer la nouvelle à l’équipe : cette idée séduisante (il faut bien l’avouer), nous allions l’essayer. (Pour découvrir quels résultats et apprentissages en ont découlé, c’est ici.)

Nous avons testé notre version de la semaine de quatre jours durant six mois en 2019. Après un premier projet pilote de trois mois, nous avons recueilli les commentaires de l’équipe, examiné les chiffres et ajusté le tir en conséquence, puis nous avons lancé un deuxième essai de trois mois. Maintenant, 2019 tire à sa fin et la fièvre de la semaine de quatre jours est à son comble : de grandes sociétés comme Microsoft et Shake Shack tentent aussi l’expérience.

Nous avons écrit ce billet de blogue parce qu’il nous semblait utile de vous faire connaître notre expérience sur le sujet. En définitive, nous avons trouvé beaucoup de points forts à la semaine de quatre jours, mais notez bien une chose si vous comptez l’essayer : il ne faut pas vous attendre à voir un bond dans la productivité de votre équipe.

Continuez votre lecture pour découvrir ce que nous avons compris de la vraie valeur de la semaine de quatre jours.

La productivité, ce n’est pas tout

Survolez n’importe quel article sur la semaine de quatre jours, et vous le constaterez par vous-même : il y a un avantage qu’on met en avant et qu’on affiche comme raison première de tenter le coup dans votre entreprise, soit la hausse présumée de la productivité des employés. Dans les faits, cet élément est pourtant difficile à mesurer, et honnêtement, ce n’était pas l’avantage le plus évident que nous avons constaté lors de nos deux essais.

Notre découverte : la semaine de quatre jours a de nombreux effets positifs sur l’équipe. Diminution du taux de roulement, augmentation du niveau de bonheur, prévention de l’épuisement professionnel, mobilisation de l’équipe, satisfaction au travail… et ainsi de suite.

Pour nous, c’est un investissement d’ensemble dans notre équipe, plutôt qu’une simple mesure de productivité. La journée de congé supplémentaire a un lien direct avec le mieux-être. Résultat immédiat : la satisfaction augmente. La productivité, cependant, ne suit pas nécessairement la satisfaction. Elle peut s’améliorer comme elle peut aussi rester la même. Et en pratique, ce n’est pas simple à mesurer.

Les chiffres, les chiffres, encore les chiffres

Beaucoup d’articles sur la semaine de quatre jours soutiendront que c’est la voie de l’avenir pour votre entreprise, mais ici, chez Osedea, les statistiques nous montrent tout autre chose. Voici quelques détails.

1. Certains articles citent des études selon lesquelles cette initiative profite aux entreprises parce qu’elle fait augmenter le nombre de candidatures reçues.

Aucun doute que ce paramètre peut être important pour une entreprise qui a beaucoup de postes à pourvoir rapidement, comme Shake Shack. Mais quand les petites entreprises recherchent des recrues qui s’intégreront bien à leur culture, elles n’ont pas toujours avantage à recevoir plus de candidatures. Il leur faut des équipiers qui partagent les valeurs de l’entreprise, comme une volonté de croissance personnelle, une soif de nouvelles compétences, une passion pour le mentorat ou un désir de rétroaction par les pairs. Ainsi, nous avons décidé de ne pas utiliser l’argument de la semaine de quatre jours pour attirer des candidats; sinon, comment savoir qui se tournait vers nous pour avoir une journée de congé? L’avantage nous a plutôt servi à récompenser notre équipe et à rehausser notre valeur aux yeux des candidats prometteurs qui ont reçu plusieurs offres.

2. « 78 % des employés disent qu’ils pourraient accomplir leur travail en moins de sept heures par jour. »

Pour être honnêtes, cette statistique ne tient pas chez nous. Notre structure horizontale place tout le monde au même niveau. Nous avons des équipes internes qui s’occupent des activités de bureau, des TI, des initiatives de diversité, de l’innovation, de la responsabilité, de la rétroaction, etc., et dans une certaine mesure, chacun d’entre nous contribue à une croissance globale. Grâce à cette structure, nous édifions l’entreprise une brique à la fois, tous ensemble, et — les entrepreneurs parmi vous pourront le confirmer — ce travail ne s’arrête jamais. Il y a toujours quelque chose à faire, et notre équipe aime être occupée. C’est dans notre culture d’aller au-delà de la simple description d’emploi. Nous créons sans arrêt de nouvelles occasions de devenir l’entreprise de technologies de pointe que nous rêvons d’être. De quoi nous garder occupés et motivés!

3. « La productivité (ventes par employé) a augmenté de 40 %. »

Dans certains articles, on lit que la semaine de quatre jours est une voie toute tracée vers la productivité, mais quand on s’attarde aux études de cas, on remarque que ce n’est jamais le seul changement mis en place. En général, les entreprises ont aussi profité de l’occasion pour raccourcir les réunions ou les éliminer complètement quand c’était possible. Nous avons aussi instauré ce genre de règles pour les réunions d’Osedea, et effectivement, la productivité a eu l’air d’augmenter. Mais est-ce la semaine de quatre jours qui a rendu l’équipe plus productive, ou le temps passé ailleurs qu’en réunion? Impossible à dire. Avec une semaine de travail réduite, nul doute que chacun doit optimiser son emploi du temps, mais difficile de dire si, à elle seule, la semaine de quatre jours renforce la productivité.

4. « 79 % des employés disent ne pas être productifs tout au long de la journée. »

Que faut-il en conclure? Est-ce la semaine qui est trop longue, ou plutôt la journée? Encore une fois, dur à dire. Dans nos bureaux, aucune politique n’impose la semaine de 40 heures, ce qui enlève toute pertinence à cette statistique. Nous travaillons pour atteindre des buts communs et pour accomplir des objectifs plutôt qu’en fonction d’heures de début et de fin prédéterminées. Notre horaire est flexible. Nos objectifs — qu’ils aient été fixés par nos clients ou nos ambitieuses équipes –, nous les respectons toujours. Une tâche ou un projet, qu’il prenne 10 heures ou 60, nous procure toujours la satisfaction du travail accompli.

Le grand avantage, en fin de compte : la flexibilité, avec tous ses nombreux visages

La morale de l’histoire : ce que nos employés veulent vraiment, c’est la liberté d’une vie professionnelle en harmonie avec le style de vie qu’ils ont choisi. Il y en a qui adorent venir au bureau, d’autres qui veulent plus de temps avec leur famille. Il y en a qui aiment pouvoir travailler de chez eux, d’autres encore qui s’épanouissent lorsqu’ils ont plus de responsabilités, et certains qui recherchent les occasions d’apprendre. Le grand parapluie de la « flexibilité » abrite tout un éventail de préférences.

Pour nous, la semaine de quatre jours est un investissement qui en vaut la peine — tout comme l’investissement qu’on ferait dans la rénovation des bureaux, ou les activités de consolidation d’équipe et les récompenses. On y gagne à la mesure des bienfaits que notre équipe en retire — tant et aussi longtemps, il va sans dire, que cet avantage ne nuit pas aux finances de l’entreprise. En faisant d’abord un essai, en prenant les commentaires de l’équipe et en créant notre propre version de cet avantage de plus en plus répandu, nous avons réussi à récolter les fruits sans rien sacrifier de ce qui nous tient à cœur.

Vous cherchez à réduire votre taux de roulement, à améliorer la satisfaction, le bien-être et le bonheur de votre équipe ou à redorer l’image de votre entreprise auprès de ses employés? La semaine de quatre jours pourrait être une formule à essayer. Mais n’oubliez pas de vous interroger sur ce qui compte pour votre équipe. Si vous voyez la semaine de quatre jours comme une « bonne idée » qui ne transformerait pas véritablement la vie de vos employés en mieux (car au fond, c’est ce qui leur importe vraiment), ce n’est peut-être pas la solution qui convient.

En conclusion

Pour décupler la productivité de votre équipe, achetez une table de ping-pong, embauchez votre propre barista, offrez aux employés des vacances illimitées ou intégrez la semaine de quatre jours à l’horaire. Les options sont infinies, mais il y a une question à se poser : Qu’est-ce qui a le plus de valeur aux yeux de votre équipe? Si c’est l’argent ou le divertissement plus que la flexibilité, il se peut que la semaine de quatre jours n’améliore pas la productivité autant que vous l’espériez.

En résumé, la semaine de quatre jours pourrait révolutionner votre entreprise, mais si vous visez la productivité avant tout, ce n’est peut-être pas la solution magique qu’on vous a vantée.

Dans notre cas, cette initiative a lancé une conversation plus que bienvenue sur une nouvelle façon de voir le travail, que nous n’avons pas fini d’explorer. Elle nous a ouvert les yeux sur ce que notre équipe veut vraiment dans la vie!

Nous avons tenté de récompenser nos employés de toutes sortes de manières, par exemple en emmenant tout le bureau à Lisbonne, au Portugal, dans un voyage toutes dépenses payées, ou encore en finançant les grands rêves de nos employés, qu’il soit question d’accomplir un but précis ou de vivre une expérience culturelle. Alors… il est peu probable que les choses s’arrêtent là, maintenant que la semaine de quatre jours est une réalité! Nous allons garder notre regard critique, notre approche radicale et notre dévouement dans notre recherche de l’harmonie travail-vie personnelle : pas question de plonger tête première dans les dernières tendances, même celles dont tout le monde parle.

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Références