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Culture d'entreprise

Quand le travail gratuit porte ses fruits

Tiago Mota
21 déc. 2020 ∙ 4 mins
Quand le travail gratuit porte ses fruits

Les amateurs de Batman se souviendront de cette scène dans Le chevalier noir de Christopher Nolan : le Joker fait irruption dans une réunion de barons de la mafia pour régler le plus gros problème du crime organisé à Gotham. Il propose une solution toute simple : tuer Batman.

L’un des mafieux lui répond : « Si c’est aussi simple, pourquoi tu l’as pas déjà fait? »

La réplique du Joker deviendra célèbre : « Quand on a du talent, on se doit d’en tirer profit. »

Une simple question de rendement?

Le Joker n’a pas tort! Tout le monde devrait être rémunéré pour son travail, et il est courant d’avoir investi beaucoup de temps et d’argent pour apprendre et maîtriser son métier. La somme que l’on touche en faisant le travail pour lequel on est formé, c’est simplement le rendement de notre investissement. Mais il y a des contextes où la quête de rendement à moins sa place, par exemple lorsque l’entité à laquelle profitera le travail n’a pas beaucoup (ou pas du tout) d’argent, ou que le travail effectué gratuitement permet de faire le bien autour de soi.

Déjà vu, déjà fait !

J’en sais quelque chose. Avant de devenir développeur, j’ai travaillé pendant quatre ans et demi pour un petit organisme à but non lucratif qui avait du mal à réunir assez de fonds pour mener à bien sa mission. Voir les choses de l’intérieur m’a vraiment ouvert les yeux. Il nous arrivait de faire des présentations à des donateurs ou à des entreprises qui souhaitaient nous donner des sous, mais la plupart du temps, ce n’est pas l’argent dont nous avions le plus besoin. Nous voulions les outils, l’équipement, la main-d’œuvre et les autres ressources non financières nécessaires pour accomplir notre travail.

Pour certains organismes, les biens et les services peuvent avoir plus de valeur que l’argent, car ils servent à réaliser la mission et à attirer d’autres dons. C’est pourquoi, à mon avis, quand on est en position de prêter main-forte en offrant gratuitement ses services, on devrait absolument sauter sur l’occasion.

Enseigner aux jeunes, ça fait du bien

Après m’être réorienté du marketing à la programmation, j’ai eu la chance d’atterrir chez Osedea, une entreprise qui a l’habitude de redonner à la communauté. J’ai été séduit par son initiative d’enseigner les bases de la programmation à des élèves du secondaire. Le but : réduire le taux de décrochage en faisant découvrir aux jeunes une nouvelle habileté intéressante.

L’école du quartier envoie des élèves participer à nos ateliers de codage, animés par nos développeurs, sur nos ordinateurs. Tout ce que les jeunes doivent faire, c’est se présenter. Et ils le font! Malheureusement, je suis arrivé chez Osedea en pleine pandémie; l’initiative est donc sur la glace pour le moment, mais tout le monde a hâte de la relancer au plus vite.

Gagnant-gagnant-gagnant

Une nouvelle occasion d’aider s’est présentée peu après mon entrée chez Osedea, et avant même d’en connaître les détails, je me suis porté volontaire. J’ai senti que je pouvais me rendre utile, alors j’ai levé la main. Ça m’a permis de voir de près comment une entreprise redonne à sa communauté, les employés offrant leur temps et produisant du travail de qualité comme s’ils étaient rémunérés. Comme développeur recrue, j’ai ainsi pu collaborer avec différents membres de l’équipe, sur différentes technologies que j’ai dû apprendre par la pratique, dans le but d’aider le Refuge des Jeunes de Montréal à faire œuvre utile dans notre milieu. C’est une situation gagnant-gagnant-gagnant – et ça, on n’en a jamais trop.

Le Refuge, qui vient en aide aux jeunes hommes en difficulté et sans-abri de 17 à 25 ans, organise chaque année depuis 1991 un spectacle-bénéfice : le Show du Refuge. La 30e édition a été chamboulée par la pandémie (il aurait été malavisé de remplir une salle de spectacle pendant cette période). Elle a donc dû se tenir en mode virtuel. Mais l’organisme avait tout de même besoin des fonds provenant de la vente de billets. C’est là qu’Osedea est entrée en scène.

Notre rôle consistait à créer un site web où les gens pourraient « acheter des billets » en faisant un don au Refuge. L’idée : imiter l’expérience de la sélection de sièges dans le plan d’une salle de spectacle. En cliquant sur un siège, l’utilisateur voyait l’hébergement ou la nourriture que le Refuge pourrait fournir grâce à son don.

La 30e édition, ingénieusement renommée « No Show du Refuge », avait pour slogan « On compte sur votre absence ». Ce fut un franc succès : plus de 280 000 $ ont été récoltés, soit plus qu’à toute édition en personne! Toutes les places sont (heureusement) déjà réservées, mais vous pouvez encore jeter un coup d’œil au projet. Pour en savoir plus sur le Refuge des Jeunes et les moyens de le soutenir, visitez son site web.

En fin de compte, ma contribution à ce projet a été beaucoup plus modeste que ce à quoi je m’attendais. N’empêche, c’était gratifiant, et je le referai assurément dès que l’occasion se présentera. Tout geste qu’on pose pour faire le bien autour de soi, si petit soit-il, en vaut la peine. On mérite d’être bien rémunéré pour son travail, mais quand une bonne cause se présente, on peut aussi gagner beaucoup en donnant de son temps.

Photo: Mara Ket.