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Design

Ce que j’ai appris en rencontrant des designers juniors et en évaluant leur portfolio

Louise Schaffner
Louise Schaffner
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Il y a presque un an, j’ai commencé à réserver du temps chaque mois pour évaluer les portfolios de designers UX/UI juniors. Je voulais redonner à la communauté du design en offrant des conseils à celles et ceux qui font leurs premiers pas dans un domaine qui, je le sais, peut paraître exigeant et intimidant.

Dix évaluations plus tard, certains constats commencent à se répéter. Et souvent, ils ont moins à voir avec la maîtrise de Figma qu’avec la personne derrière le portfolio et sa façon d’envisager sa propre évolution dans un domaine en constante transformation.

Les tendances qui revenaient dans les portfolios

Commençons par l’évidence : les bases sont essentielles. Savoir mener une recherche utilisateur, concevoir des parcours, créer des interfaces et des prototypes, puis appliquer adéquatement les principes de typographie, de couleur et d’accessibilité n’est pas facultatif. C’est le point de départ.

Ce que j’ai observé, toutefois, n’était pas nécessairement un manque de connaissances. Il existait plutôt un écart entre la compréhension théorique du processus et la capacité d’en démontrer clairement l’application dans un projet concret. Quelques éléments revenaient constamment.

Certains projets tentaient de tout montrer et finissaient par ne communiquer que très peu. Chaque projet devrait répondre à une question simple : qu’aimeriez-vous que la personne qui consulte votre portfolio retienne de vous? Par exemple : je suis passionné par la recherche utilisateur, je sais gérer des exigences complexes ou je souhaite démontrer mon intérêt pour un domaine ou une industrie en particulier.

D’excellents projets étaient parfois cachés derrière des mauvais choix de mise en page. Pour les designers, c’est un problème important. Les éléments visuels étaient souvent trop petits, les apprentissages clés se perdaient dans de longs paragraphes et des éléments essentiels, comme les parcours ou les prototypes, étaient absents. Dans plusieurs cas, le travail était probablement de qualité, mais l’histoire demeurait difficile à suivre.

Si votre portfolio présente un mauvais contraste, des problèmes d’accessibilité ou une navigation déroutante, il est légitime de se questionner sur l’ensemble de vos compétences en design UX/UI. Votre portfolio est votre étude de cas la plus visible. Il doit lui-même être considéré comme un produit UX à part entière.

Il manquait aussi souvent une touche de personnalité et de réflexion. Je me demandais régulièrement : qui êtes-vous comme designer? Qu’avez-vous appris grâce à ce projet? Que feriez-vous différemment aujourd’hui? Sans cette dimension, le portfolio pourrait appartenir à presque n’importe qui. Qu’est-ce qui vous définit comme personne et qui fait de vous un ajout précieux à une équipe?

De solides bases et une démonstration claire de votre savoir-faire sont ce qui vous permettra d’abord de vous démarquer. Sans elles, même les idées les plus créatives et les plus pertinentes risquent de passer inaperçues.

Mais au fond, le portfolio n’a jamais vraiment été l’essentiel

Ce qui me restait en tête après chaque rencontre était rarement le portfolio lui-même. C’était plutôt la personne derrière celui-ci.

Certains designers arrivaient sur la défensive, comme s’ils s’attendaient déjà à être critiqués. D’autres se présentaient avec un carnet de notes, ouverts et sincèrement motivés à apprendre. Cette différence compte beaucoup plus qu’on pourrait le croire.

Une personne en particulier s’est démarquée. Elle avait déjà passé une entrevue chez nous, mais sa candidature n’avait pas été retenue. Ce n’était pas par manque de compétences : nous n’avions simplement pas le bon poste à pourvoir à ce moment-là. Plutôt que de tourner la page, cette personne a pris rendez-vous avec moi pour faire évaluer son portfolio. Cette initiative a retenu notre attention.

Lorsque j’en ai parlé à l’équipe, la réaction a été immédiate. Nous avions devant nous quelqu’un qui n’attendait pas la permission pour évoluer. Peu importe les circonstances, cette personne allait continuer à s’améliorer. Plus tard, lorsque la bonne occasion s’est présentée, elle est revenue, et nous l’avons embauchée.

Cette histoire m’est restée en tête parce qu’elle révèle quelque chose d’important à propos du recrutement, du moins de la façon dont nous l’abordons. Nous n’évaluons pas un produit fini. Nous faisons un pari sur une personne.

Nous cherchons quelqu’un qui continuera à évoluer avec le temps. Quelqu’un de curieux, de réfléchi et de proactif. Quelqu’un qui n’attendra pas qu’on lui dise ce qu’il doit apprendre ensuite.

Ce qu’aucun outil ne pourra remplacer

Presque tous les designers avec qui j’ai discuté avaient une version de la même inquiétude : est-ce que j’utilise les bons outils? Est-ce que je devrais déjà savoir faire cela? Suis-je en train de prendre du retard?

Au cours des dix dernières années de ma carrière, les outils que j’utilisais à mes débuts — Illustrator pour la conception d’interfaces ou InVision pour le prototypage — ont perdu de leur pertinence. C’est normal. Les outils continueront de changer. Ils ont toujours changé.

Ce qui compte davantage, ce sont les compétences qui se trouvent derrière ces outils : comprendre les gens, réfléchir clairement aux problèmes que l’on cherche à résoudre, raconter une histoire convaincante, donner un sens à la complexité et concevoir en fonction de véritables objectifs d’affaires. Ces compétences demeurent essentielles, et elles le resteront.

Il est facile de se sentir dépassé par les nouveaux outils ou de s’inquiéter de ne pas suivre le rythme des technologies qui évoluent rapidement. Mais se laisser distraire par les outils avant d’avoir développé de solides bases n’est pas la meilleure façon d’investir son énergie.

Les designers qui s’épanouiront au cours des dix prochaines années ne seront pas ceux qui maîtrisent le plus grand nombre de technologies. Ce seront ceux qui comprennent pourquoi ils prennent certaines décisions et qui sont prêts à continuer d’apprendre.

Nous traversons actuellement, par exemple, une transformation portée par l’intelligence artificielle qui redéfinit déjà notre façon de travailler ainsi que l’avenir de la pratique du design. J’ai observé beaucoup de résistance à l’égard de l’IA chez certains designers. Une partie de cette réaction est compréhensible.

Mais pour continuer à évoluer et à réussir dans ce domaine, nous devons nous intéresser à l’IA et contribuer à définir la place qu’elle occupera en design. Nous ne pouvons pas simplement nous y opposer parce que nous sommes à l’aise avec une certaine façon de travailler.

Il s’agit d’adopter une attitude d’ouverture, de curiosité et d’apprentissage continu afin de découvrir constamment de nouvelles façons de créer des résultats de grande qualité.

Le véritable facteur de différenciation : votre rapport à la croissance

S’il y avait un seul conseil que je pouvais transmettre à chaque designer junior qui lit ce texte, ce serait celui-ci : considérez la rétroaction comme un cadeau. Surtout lorsqu’elle vous rend inconfortable.

Les designers qui résistaient aux commentaires pendant nos rencontres, qui cherchaient principalement à prouver que la personne devant eux avait tort ou qui manifestaient visiblement leur frustration fermaient précisément les portes qu’ils tentaient d’ouvrir.

Si vous vous attachez trop à un outil, à un processus ou à une seule façon de travailler, vous risquez de devenir rigide dans un domaine où la capacité d’adaptation est récompensée.

Les designers qui se démarquaient n’étaient pas toujours ceux dont les compétences techniques étaient les plus raffinées. C’étaient les plus curieux. Les plus ouverts. Les plus honnêtes quant aux aspects qu’ils devaient encore améliorer. Ceux qui démontraient une véritable volonté d’apprendre.

C’est avec ces personnes que j’ai envie de collaborer.

En conclusion

Le début d’une carrière en design peut être difficile, parce qu’il l’est réellement. La recherche d’emploi peut être décourageante. Il est facile de se comparer aux autres, de remettre ses compétences en question ou de se demander si l’on commence déjà à prendre du retard.

Mais les designers qui réussissent sont rarement ceux qui semblaient les plus accomplis dès leur première journée.

Ce sont les personnes qui ont continué à se présenter. Celles qui sont demeurées curieuses. Celles qui n’ont jamais cessé d’apprendre.

Soyez cette personne, et des occasions s’ouvriront à vous. Saisissez-les, et la suite viendra naturellement.

Vous pouvez postuler ici pour vous joindre à l’équipe d’Osedea.

Louise Schaffner
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